Interview avec Benoît Salmon, Responsable Architecture et Technologie

Vous avez pris la tête de la Direction Architecture et Technologies il y a un an. Quels ont été vos constats initiaux et quelles priorités avez-vous définies ?

En rejoignant la Direction Architecture et Technologies, j’ai découvert des équipes engagées, dotées d’un haut niveau d’expertise, et profondément investies dans leur mission de service public. Cela m’a immédiatement conforté dans le potentiel d’innovation du SIGI. En parallèle, plusieurs axes d’amélioration stratégiques se sont rapidement imposés.

Notre socle applicatif historique, bien qu’encore robuste, reposait sur des technologies vieillissantes comme Oracle Forms, limitant notre capacité d’évolution et la qualité de l’expérience utilisateur. De même, notre infrastructure méritait une modernisation pour répondre aux exigences croissantes en matière de performance, de sécurité et de résilience.

C’est dans ce contexte que j’ai défini cinq priorités structurantes :

  1. Repenser notre gouvernance technique pour une cohérence accrue des choix d’architecture.
  2. Engager une migration progressive vers un socle moderne Angular/.NET + Oracle.
  3. Moderniser l’infrastructure via une plateforme géo-résiliente hébergée dans deux datacenters Tier IV.
  4. Renforcer notre sécurité à l’aune des référentiels CIS 8 et ISO 27001.
  5. Déployer une culture DevOps avec une CI/CD plus performante.

Ces chantiers visent à bâtir une architecture résiliente, sécurisée et tournée vers l’avenir, au service des communes et de leurs citoyens.


La transformation du SIGI repose sur une modernisation en profondeur des infrastructures et des applications. Concrètement, quelles sont les grandes évolutions que vous pilotez ?

Notre transformation repose sur deux piliers complémentaires : une infrastructure modernisée et une refonte progressive de nos applications.

Côté infrastructure, nous avons lancé une migration vers une architecture géo-résiliente hébergée dans deux datacenters Tier IV interconnectés par des liens sécurisés à 100 Gbps. Ce socle assure une disponibilité de 99,98 % et permet un ajustement dynamique des ressources, garantissant performance, sécurité et évolutivité.

Sur le plan applicatif, nous avons engagé une refonte en deux phases de notre plateforme historique GESCOM. La première vise à migrer les modules critiques de GESCOM Jaune et SIGINOVA, la seconde à moderniser les applications GESCOM Bleu. Cette évolution s’appuie sur une architecture microservices Angular/.NET, avec conteneurisation Kubernetes, CI/CD, Infrastructure as Code, et des APIs standardisées favorisant l’interopérabilité.

En parallèle, nous renforçons significativement notre cybersécurité : tests d’intrusion, chiffrement avancé, protection anti-ransomware, gestion des accès à privilèges (PAM) et pilotage des vulnérabilités sont désormais intégrés à notre démarche.

Cette transformation, ambitieuse mais pragmatique, vise à offrir aux communes un socle technologique fiable, sécurisé et tourné vers l’avenir, tout en assurant la continuité des services existants.


L’architecture et la technologie sont au cœur de la stratégie 2025-2029 du SIGI. Quels objectifs précis avez-vous fixés à votre direction pour accompagner cette transformation ?

L’architecture et la technologie sont des leviers centraux de la stratégie 2025-2029 du SIGI. Pour accompagner cette transformation, six objectifs structurants guident notre feuille de route technologique.

Nous entamons une migration progressive vers une architecture Angular/.NET couplée à une base de données Oracle, afin de remplacer nos technologies legacy tout en conservant la richesse fonctionnelle des applications existantes.

En parallèle, nous renforçons significativement notre posture de cybersécurité, en nous alignant sur les normes CIS 8 et ISO 27001, et en anticipant les exigences de la directive NIS 2.

L’optimisation de notre infrastructure se poursuit avec le déploiement d’une plateforme conteneurisée, hébergée sur deux datacenters Tier IV, garantissant modularité, résilience et performance.

Nous développons également notre architecture de données, en standardisant les interfaces (API) et en facilitant l’interopérabilité, dans une logique « Once Only ».

Nos chaînes DevOps sont perfectionnées pour automatiser les tests et les déploiements, réduisant les délais de mise en production tout en assurant la qualité.

Enfin, nous explorons les technologies émergentes — IA, big data, IoT — pour enrichir nos services et anticiper les besoins des communes.

Ces priorités s’inscrivent pleinement dans notre vision d’un service public numérique innovant, fiable et durable.


La réussite d’un tel programme repose aussi sur la collaboration entre les équipes techniques et les utilisateurs finaux. Comment garantissez-vous que les solutions mises en place répondent aux besoins des communes ?

La réussite de notre transformation repose avant tout sur une collaboration étroite entre nos équipes techniques et les utilisateurs finaux. Pour cela, nous avons structuré un processus agile et itératif, garantissant l’adéquation entre les solutions développées et les besoins concrets des communes.

Tout commence avec notre pôle Clients et Produits, qui collecte les besoins métiers auprès des utilisateurs communaux. Ces besoins sont ensuite analysés et traduits en spécifications fonctionnelles par les Business Analystes du pôle PMO.

Les solutions proposées sont évaluées par un comité d’architecture, qui assure la cohérence technique et valide les choix d’implémentation. Une fois développées, elles font l’objet de tests rigoureux (fonctionnels, non-régression, performance) avant d’être soumises à des validations métiers finales.

Notre démarche est enrichie par des ateliers de co-conception, des démonstrations intermédiaires, des tests utilisateurs, ainsi que des phases pilotes avec des communes volontaires. La Commission Micro-informatique joue également un rôle clé dans le dialogue avec nos clients.

Cette boucle continue de co-création et de validation nous permet de concevoir des outils réellement adaptés aux réalités du terrain, en garantissant performance, ergonomie et qualité.


Les défis technologiques ne manquent pas : cybersécurité, interopérabilité, cloud… Selon vous, quel est le plus grand défi à relever pour le SIGI d’ici 2029 ?

Le défi majeur pour le SIGI d’ici 2029 sera sans conteste la cybersécurité. Dans un contexte où les cybermenaces évoluent rapidement, et à la lumière des récentes attaques à l’échelle nationale, notre responsabilité en tant que gestionnaire des données sensibles des communes luxembourgeoises est immense.

Avec l’entrée en vigueur de la directive NIS2, les exigences réglementaires se renforcent considérablement. Elles imposent une refonte complète de notre posture de sécurité, depuis nos processus internes jusqu’à notre infrastructure technique.

Par ailleurs, notre transformation numérique – adoption du cloud, architecture microservices, développement d’APIs – multiplie les points d’entrée potentiels. Cela nécessite d’intégrer des mécanismes de sécurité dès la conception, selon le principe de « Security by Design ».

Pour y répondre, nous avons lancé plusieurs initiatives structurantes : renforcement de notre département sécurité, collaboration avec des acteurs nationaux comme le CIRCL ou le HCPN, déploiement de technologies avancées (chiffrement, tests d’intrusion, gestion des accès à privilèges), et adoption d’un cadre de référence aligné sur les normes ISO et CIS 8.

Au-delà des outils, c’est toute notre organisation qui évolue vers une culture de la sécurité partagée, indispensable à la résilience du service public numérique.


La transformation numérique implique souvent des changements culturels et de nouvelles manières de travailler. Comment insufflez-vous cette dynamique auprès de vos équipes ?

La transformation numérique ne peut aboutir sans transformation culturelle. Pour impulser cette dynamique, nous avons restructuré la direction en créant des départements spécialisés mais connectés (Architecture Applicative, Data Management, Release Management…), favorisant une expertise pointue et une vision transverse.

Nous avons adopté une approche DevOps avec des équipes pluridisciplinaires – développeurs, infrastructures, qualité – impliquées tout au long du cycle de vie des applications. Cette transversalité renforce la collaboration et l’appropriation des enjeux par chaque acteur.

La montée en compétences est également une priorité : nous investissons dans des formations ciblées, couvrant aussi bien les technologies clés (.NET, Angular, Kubernetes, sécurité) que les méthodologies agiles et DevOps.

En parallèle, j’encourage un management de proximité, fondé sur l’exemplarité, l’écoute, la transparence et le respect des expertises. Nos points d’équipe réguliers sont des espaces ouverts où les défis sont partagés et les réussites valorisées.

Ce climat de confiance et de reconnaissance crée les conditions d’une innovation durable. Si la transformation culturelle est un processus continu, les premiers signes sont déjà visibles : nos équipes sont plus autonomes, plus engagées, et mieux alignées avec les objectifs de la stratégie SIGI 2025–2029.


Si vous deviez définir un indicateur clé de succès pour votre direction, quel serait-il ?

Si je devais retenir un seul indicateur pour mesurer le succès de notre direction, ce serait notre « Time to Production », c’est-à-dire le temps nécessaire pour transformer un besoin métier en solution opérationnelle de qualité.

Cet indicateur reflète notre capacité à répondre rapidement et efficacement aux attentes des communes, tout en garantissant un haut niveau de fiabilité. Il incarne la performance globale de notre chaîne de valeur technologique : architecture applicative, efficacité des pipelines DevOps, qualité des environnements, fluidité des validations et collaboration interéquipes.

Notre ambition est claire : réduire ce délai à quelques semaines – voire quelques jours pour les évolutions mineures – tout en maintenant un taux de défauts post-déploiement minimal. C’est un objectif exigeant, mais essentiel pour gagner en agilité, renforcer la satisfaction des utilisateurs et accompagner le rythme des transformations des communes.

Ce « Time to Production » est, à mes yeux, le baromètre le plus pertinent de notre maturité technologique. S’il progresse, c’est que nos méthodes, nos outils et notre culture d’équipe avancent dans la bonne direction.


Quel message souhaitez-vous adresser aux collaborateurs du SIGI et aux communes partenaires sur la vision technologique que vous portez ?

 À nos équipes et à nos communes partenaires, je souhaite adresser un message de confiance et de mobilisation collective.

Notre vision technologique ne se résume pas à une simple modernisation d’outils. Elle ambitionne de construire un écosystème numérique public plus agile, plus sécurisé et véritablement centré sur l’utilisateur. Chaque solution que nous concevons vise à simplifier le quotidien des agents communaux et à renforcer la qualité des services offerts aux citoyens.

Aux collaborateurs du SIGI, je veux rappeler que votre expertise et votre engagement sont au cœur de cette transformation. Ce que nous bâtissons ensemble dépasse les technologies : nous construisons un service public numérique d’excellence.

Aux communes, je réaffirme notre volonté de vous accompagner, avec humilité et détermination. Vos besoins guident notre action. La transformation engagée n’est pas instantanée, mais elle est structurée, durable et porteuse d’impacts concrets à court et long terme.

Comme nous l’écrivons dans notre bilan : « Ce projet dépasse la simple migration technique : il incarne notre engagement pour des services communaux résilients, sécurisés et centrés sur l’utilisateur. »